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Elisabeth Fabre Groelly, le temps d’une rencontre

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Elisabeth Fabre Groelly

Bonjour Elisabeth, quelques mots pour faire connaissance ?

E. Fabre Groelly : Je répondrais par quelques réponses, inspirées d’un questionnaire de Proust voyageur.

Ces questions ont été posées par la géographe Anne Bécel à Sylvain Tesson.

Un lieu qui sonne bien ?

Monastère, couvent : il y a déjà la paix dans la musique du mot

Un joli mot d’un dialecte lointain ?

Didgeridoo

Où est le bout du monde ?

Dessus du cyprès à 4 heures, quand la lune m’attend à l’ouest alors que je l’ai quittée à l’est, la garcette !

Vers quoi voyagez-vous ?

Vers des gens différents qui me ressemblent

Une routine de voyage ?

Ranger ma mue dans le sac à dos

Un voyage au quotidien ?

L’écriture


Elisabeth Groelly

Pouvez-vous nous parler de votre dernier roman Les Épuisements ?

E.F Groelly – Je l’ai gardé longtemps dans un tiroir, comme souvenir qui gratte. Le deuxième récit, qui gratte aussi, m’a décidée à l’envoyer à un éditeur. La 4’ couv’ dit beaucoup et peu. Un épuisement est joli dans sa graphie et dans sa musique ; ça lui donne une dimension comme beaucoup de mots français en EMENT… Sauf que celui – là parle d’un sursaut ou un arrêt de vie. On s’en tire ou non, on sombre ou pas. Il y en a tant, autour, qui n’ont pas perçu la richesse ni l’urgence de cet état et qui s’en sont allés. Il fallait donc l’écrire. Pas un essai sur la déprime ni tout ce qui l’entoure, plutôt un cheminement où les autres interviennent par leur rayonnement. C’est fait.

La présentation de votre roman comporte des mots lourds de sens,

il est question d’épuisement donc, de désaffection, de défaites, d’accablement … mais aussi d’yeux qui brillent. Es-ce toujours cela la vie ? Une série d’épreuves pour finalement vivre des moments de bonheur au bout du chemin ?


E.F Groelly – Pas que des mots, des états : l’attente, la curiosité du chemin, le cheminement lui-même et son attrait, la découverte, se frotter aux autres. Je ne sais pas la hiérarchie que j’en ferai car tout fait partie du deal et les yeux brillent grâce à tout cela, de fièvre, de colère, de mal-être, mais l’on vit. On fait des plans pour meubler son quotidien de cloporte même s’il est tout le temps chamboulé et c’est bien, il faut en faire toujours !
Je récite la phrase choisie dans mon livre : sinon, de quoi parlerons-nous au vestiaire ?

Quant au bonheur, c’est être là. Mais son contraire n’est pas le malheur, c’est la vie dans son carré de choux qu’on nous a imparti, et on est loin d’en avoir fait le tour, de son carré de choux !

Votre parcours d’auteure est particulièrement riche,

fait de plusieurs polars, de publication en Italie et en Belgique, d’ouvrages collectifs … comment passe-t-on à des styles aussi divers et des environnement si différents ?

E.F Groelly – Les rencontres, les non-dits, l’histoire des hommes…Ainsi le premier polar édité en Belgique est un hommage à Pierre Magnan que j’ai assez longtemps connu.

Élisabeth si tu écris commence par un polar, c’est casse-gueule, si tu réussis, alors tu peux écrire n’importe quoi.

Pierre Magnan

Le récit bilingue édité en Italie est le fruit de rencontres multiples là-bas dont une, déterminante, celle avec Mario Rigoni Stern que j’ai côtoyé jusqu’à sa mort…

Le troisième (un noir) est une histoire belle mais trouble dans la ville de mon père, Arles.

Le quatrième est un récit choral sur les années 50 à 70 et ses événements terribles.

Enfin le 5ème est un noir qui se passe dans les lieux où j’habite. On ne peut pas écrire ouvertement sur les gens qui nous entourent. Heureusement, il y a la littérature…

Tous les livres font appel à des éléments d’histoire, notamment celle des 100 dernières années.

Quant aux ambiances et aux lieux, non seulement je me documente, mais je me déplace, y fais mon trou et y rencontre des gens. Puis il y a la route et l’expérience car l’Homme m’intéresse.

Vous avez collaboré avec plusieurs maisons d’édition en France et à l’étranger. Qu’est-ce-qui vous a poussé vers Nombre7 ?

E.F Groelly – Deux copines m’en ont parlé ; mon mari a regardé le site de Nombre7, a lu les conditions et m’a poussée à taper à votre porte. J’aime la variété des éditeurs, j’aime aussi creuser au-delà des frontières. Ceci ne veut pas dire que je vais chercher forcément un autre éditeur pour ce qui suit. Je n’ai pas vraiment lancé le livre encore et j’attends de voir comment Nombre7 pourra m’accompagner (salons, librairie, étranger, présentation orale…) J’en ai parlé longtemps avec Gilles.

Vous qui aimez tant le mouvement, on se doute qu’un prochain projet est en cours…

E.F Groelly – 3 sont terminés ( 2 recueils de nouvelles : 1 bilingue italien, 1 français et un récit à la limite du conte que je voudrais éditer pour Noel avant 2026 !)

1 est en cours ; une histoire d’hommes comme je les aime où l’art est présent, la guerre (première) aussi ; un peu de mon adolescence en Angleterre avec des vétérans délicieux… Bref une histoire qui parfois me tire les larmes…

Olivia Mahieu – Rédactrice web chez Nombre7 Editions