Home Le Monde selon Owen Est-ce que ce monde est sérieux ?

Est-ce que ce monde est sérieux ?

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Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine.
Mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue.

Albert Einstein

Colles sur l’école

Jules Ferry. Voilà le nom qui devrait arriver en premier lorsque l’on évoque l’école républicaine gratuite et obligatoire et France. Cette institution plus que centenaire, qui telle une vieille dame semble légèrement désorientée ces derniers temps. Vous pensiez tout savoir sur l’école ? Moi aussi. Jusqu’au jour où j’ai eu la curiosité de lire quelques directives officielles, poussant le vice jusqu’à écouter certains pédagogues veiller sur la personne âgée. Bienvenue en terre inconnue.

Désinfecter les jouets non genrés

Vous pourrez y lire notamment qu’il faut bien veiller à la propreté de l’espace de transition émotionnelle1, tout comme celle de l’espace d’apprentissage pédagogique2, sans négliger pour autant les espaces de confinement partagés3, ou encore celui lié à l’éducation nutritionnelle4. Il faudra également veiller à bien désinfecter les jouets non genrés5, faire en sorte que les outils scripteurs6 et les blocs mucilagineux à effet soustractif7 soient individualisés, tout comme les supports graphiques végétalisés8. Concernant les activités, il s’agit de continuer à apprendre aux écoliers à maîtriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres9, tout en poursuivant la vigilance orthographique10. En revanche, le référentiel bondissant collectif11 est proscrit jusqu’à la fin de l’épidémie, tout comme le déplacement en milieu aquatique profond standardisé12, ou encore les activités duelles de débat médiées par un volant13. Le CESC14 restera particulièrement vigilant jusqu’à la fin de l’année scolaire.

Et si Owen…

Si Owen pouvait interviewer Jules Ferry, le père fondateur de l’école des savoirs et non celle des impostures, il lui demanderait probablement :
est-ce que ce monde est sérieux ?


Est-ce que ce monde est sérieux ?

Le monde d’après ?

0,66 %

Dans le nuage de mots relayés par les réseaux sociaux, apparait en très bonne position cette expression digne des plus grandes œuvres de science-fiction : « le monde d’après ». Le monde de qui, de quoi ? Ce n’est pas précisé. Tout au plus, nous pouvons en déduire qu’il s’agit de l’après « pandémie Covid-19 ». Résumons-nous, il y a eu la grippe espagnole qui tua entre 20 et 50 millions de personnes, la Deuxième Guerre mondiale qui fit entre 50 et 70 millions de morts (je vous fais cadeau de la Grande Guerre, avec ses 20 millions de morts environ), il y a jusqu’à 650 000 décès par an dans le monde de la grippe saisonnière15, et l’on plafonne pour le moment à 300 000 décès dans le monde entier pour la pandémie de Covid-19, avec un taux de mortalité estimé à 0,66 % selon le Quotidien du Médecin16. Taux de mortalité très largement surestimé puisque des centaines de milliers de personnes asymptomatiques, ne seront pas testées et guériront en dehors de toute statistique épidémiologique.

Alors peut-être qu’il y aura « un monde d’après », mais ce ne sera certainement pas le monde d’après Covid-19, mais celui de l’après « confinement ».

Mourir guéri !

Cet espace de privation de libertés individuelles sacrifiées sur l’autel de la junte médicale ou sanitaire 20 négligeant sans états d’âme des dizaines de milliers de personnes frappées et parfois violées (« les femmes et les enfants d’abord », vous connaissez la formule. Le 119 et 114 [par SMS] sont plus que saturés), des milliers de patients atteints de pathologies lourdes qui ne se sont plus rendus dans les hôpitaux devenus des lieux à haut risque (plusieurs cas d’AVC ou d’arrêt de chimiothérapie sont désormais avérés, avec des séquelles parfois irréversibles), les petits commerçants, artisans et professions libérales privées d’emploi, et contraints à fermer leur porte définitivement, des centaines de milliers de chômeurs qui préparent déjà leur expulsion, car ils ne peuvent plus payer leur loyer, plus de vacances dignes de ce nom, plus d’hôtels, plus de culture.

Une fois sortis des salles de réanimation, une fois guéris, comme 1,5 million de personnes dans le monde (dont 56 000 en France)16, les Français qui auront tout perdu ou presque, se réveilleront peut-être un matin avec cette question lancinante qui tambourinera dans leur tête :
est-ce que ce monde est sérieux ?


Les villes à la campagne

Homo homini lupus est

Alphonse Allais, disait sur le ton de la dérision : « On devrait construire les villes à la campagne, l’air y est plus pur ! ». C’est ainsi que nous sommes passés d’un trait d’humour à une dictature verte, colorée, qui avance à pas masqués, avec des chants d’oiseaux et des petites fleurs. La post modernité dans laquelle nous pataugeons se caractérise par la disparition de tout combat révolutionnaire aux sens politique et historique du terme. Comme l’a très justement développé Francis Fukuyama dans « La Fin de l’histoire » (1992), nous assistons à l’avènement de la démocratie libérale et l’économie de marché qui suffit à satisfaire le désir de reconnaissance, essence absolue de l’homme.

Seulement voilà, homo homini lupus est17, et une société sans révolution, sans combat pour montrer ses crocs, est contre la nature humaine. La bombe nucléaire, arme dissuasive par excellence, a très clairement calmé les ardeurs d’une nouvelle guerre mondiale, alors que reste-t-il à l’homme pour assouvir ses pulsions révolutionnaires ? Le recul du fait religieux est là, dans la lignée du Désenchantement du monde18, les églises se vident, les ecclésiastiques font davantage parler d’eux pour des faits avérés de pédophilie aggravée et d’homosexualité, comme en témoigne, en 2019, le livre très documenté Sodoma de Frédéric Martel, en lieu et place de la « bonne parole ». Sinon, il y a l’option du terrorisme religieux, mais il faut bien reconnaître que ce n’est pas ce qu’il y a de plus valorisant socialement et puis tout le monde n’est pas prêt à sacrifier sa vie et celle des autres pour des idéologies. Et tant mieux !

Révolution écologique

La révolution écologique ?

Donc, par élimination, pour pouvoir mener un combat « révolutionnaire », valorisé socialement, dans lequel on ne risque pas de finir sa vie en bouillie avec un gilet d’explosif autour de la taille, que reste-t-il dans ce « monde fini » (Paul Valery) ? La révolution écologique bien sûr, what else ? Et c’est ainsi que l’on instrumentalise une adolescente suédoise de 16 ans, la pulvérisant icône de la cause, sauveuse de la planète (rien que ça !). C’est ainsi que que l’on demande aux habitants des villes de ne pas utiliser leur voiture, multipliant les coûts et les complications de circulation (pistes cyclables à double voie, circulation alternée, circulation fermée, interdiction de se garer, etc.), tout en reprochant dans le même temps à Renault d’accuser une baisse significative de son chiffre d’affaires (avec le spectre du chômage de masse qui devrait en découler).

Owen vivait dans un monde apparemment trop simple dans lequel il y avait des voitures en ville, des vélos et des tracteurs à la campagne. Même qu’à l’école, la maîtresse expliquait clairement les différences entre le milieu rural et le milieu urbain, avec des jolis dessins au tableau. Aujourd’hui, les villes sont asphyxiées par les contraintes écologiques et les campagnes sont peuplées par ces urbains qui n’en peuvent plus de cette mascarade. D’ailleurs, la population urbaine plafonne depuis dix ans en France19. Et dire que dans mes cours d’économie, mes professeurs m’enseignaient que la progression du taux d’urbanisation était un critère du développement d’un pays.

Si je pouvais me téléporter sur les bancs (espaces de confinement partagé) de l’amphi E de Tolbiac, je leur poserais une seule question :
est-ce que ce monde est sérieux ?

Et vous ? Avez-vous la réponse à cette question ?

Gilles Voirin

Gilles Voirin 

Professeur agrégé & éditorialiste



Auteur du roman Les Mots d’Owen   
  1. Les vestiaires
  2. La salle de classe
  3. Les bancs (de classe, ou dans la cour de récréation)
  4. La cantine, le réfectoire (là où les enfants déjeunent)
  5. Jouets mixtes qui ne sont pas destinés prioritairement aux garçons (ex : camion de pompier) ou aux filles (ex : poupée à coiffer). Exemple de jouets non genrés : Legos, pâte à modeler.
  6. Les stylos, les crayons (tout ce qui permet d’écrire ou de dessiner)
  7. Une gomme
  8. Des feuilles de papier
  9. Apprendre à écrire
  10. Faire des dictées
  11. Un ballon
  12. Natation, aller à la piscine
  13. Faire du badminton
  14. Comité d’Éducation à la Santé et à la Citoyenneté
  15. News room
  16. OMS et Ministère de la Santé, chiffres actualisés le 10 mai 2020.
  17. L’homme est un loup pour l’homme (Plaute, repris par Machiavel).
  18. Max Weber, puis repris par Marcel Gauchet.
  19. observation société
  20. Patrick Pelloux, médecin urgentiste au SAMU de Paris

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