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Gilles Voirin nous livre une pépite

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Encore un nouvel auteur chez Nombre7 qui ne laissera pas indifférent. Non seulement le récit est touchant, sincère mais le style est remarquable. Chaque mot, chaque phrase est soigneusement choisi pour ne pas travestir le propos et pour toucher au plus profond du cœur des lecteurs. 

Gilles Voirin

Bonjour Gilles, alors que je préparais cette interview, j’ai été comme à fois que je dois interviewer un auteur, « googlisé » votre nom. Quelle ne fut pas ma surprise à la lecture de votre parcours, j’ai même cru qu’il existait plusieurs Gilles Voirin !
Professeur agrégé, hypnothérapeute, traducteur mandarin, auteur… Vous reconnaissez-vous dans le terme à la mode de slasheur ? qui désigne des personnes qui jonglent entre plusieurs activités professionnelles par nécessité d’augmenter leurs revenus ou par choix.

Non, je ne m’y reconnais pas sur la forme et sur le fond. Sur la forme, car j’ai une aversion pour les mots anglais qui s’imposent comme si la langue française n’était pas suffisamment riche pour exprimer une idée ou un concept. Donc, par principe, je réfute ce mot qui fait offense à la langue de Molière. Sur le fond, je ne m’y reconnais pas non plus, car toutes ne sont pas des activités professionnelles, et l’écriture tout particulièrement est une passion (comme certains jouent au foot ou font des ateliers cuisine ou jardinage).
Je ne parlerai jamais de l’écriture comme d’une activité professionnelle. Cela serait pour moi d’une tristesse abyssale.

Le mandarin comme hobby

Il en va de même pour le chinois qui est ma langue de cœur et qui n’est absolument pas un champ d’hétéronomie. Je fais les traductions qui me plaisent, quand je le souhaite et, à ce titre, je considère que c’est un hobby et non une activité professionnelle.

Il faut aussi gagner sa vie !

Pour l’enseignement, oui c’est une activité professionnelle, bien codifiée, avec son lot de contraintes (de programme parfois incohérent qu’il faut « boucler » coûte que coûte, d’horaires, de collègues acariâtres et « petits », de réunionite de la « communauté dite éducative » – LOL comme l’a écrit OWEN – alors que mes étudiants sont dans leur immense majorité adorables).

Le plaisir d’accompagner

Enfin pour mon cabinet dans lequel j’ai l’immense honneur et plaisir d’accompagner des êtres humains à se libérer de certains conflits intérieurs, à cheminer vers leur mieux-être et se libérer de certaines chaines parfois trop lourdes… À mon rythme, quand je le souhaite, en toute autonomie, dans un cabinet magnifique que j’ai décoré moi-même (voir notamment les témoignages sur www.gilles-voirin-consulting.com) : est-ce une activité professionnelle comme les autres ? Joker.

Lorsque l’on a plusieurs activités professionnelles, personnelles comment ne pas se perdre et rester soi-même ?

Pour les raisons évoquées plus haut, je n’ai pas du tout le sentiment de multiplier les « casquettes professionnelles ». Par ailleurs, tout cela a un sens, ou plutôt une convergence, une « unité » : accompagner mes semblables, à ma modeste mesure. Les accompagner par la lecture lors de moments de détente par exemple, les accompagner pour réussir leurs concours très sélectifs et pouvoir accéder aux études de leurs rêves, les accompagner pour pouvoir comprendre un texte en chinois et continuer à communiquer et enfin les accompagner pour vivre mieux et continuer à devenir ceux qu’ils ont vraiment envie d’être (hypnoanalyse et coaching). Finalement, non seulement je ne me perds pas, mais je me retrouve dans une forme de congruence qui me permet de rester aligné sur mes valeurs, quelles que soient mes « occupations ».

Owen, c’est moi !

Revenons à votre casquette d’auteur et à votre roman, Les mots d’Owen, publié chez Nombre7. Pouvez-vous nous en dire quelques mots justement ?

Flaubert a dit « Madame Bovary, c’est moi ». Pour le pasticher, je peux dire, sans l’ombre d’un doute « Owen, c’est moi ». Les mots d’Owen, ce sont des mots simples, témoins du récit d’une vie cabossée, dans laquelle Owen nous livre, de façon intimiste et parfois viscérale sa manière à lui de résister, à travers les mots : des mots qui peuvent changer une vie. Des mots pour se trouver, se perdre et avoir in fine le plaisir de se retrouver. Les mots d’Owen, ce sont des mots simples qui parlent à tout le monde. Un jour un lecteur a écrit sur ma page Facebook « Je suis Owen ». Spontanément, peu de temps après la tragédie qui fit fleurir les « Je suis Charlie », cela m’avait presque choqué, tant le parallèle me paraissait déplacé. Et finalement, 250 chroniques plus tard, à force de lire en substance « je me suis retrouvé dans Owen ». Why not, un tee-shirt avec « Je suis Owen » ? En plus, ça pourrait relancer la production textile, sinistrée en France… Owen, beaucoup trop timide serait probablement contre. Moi, probablement pour. Avec une probabilité de 50 % dans les deux cas, la boucle est bouclée : « Owen, c’est moi ».

Savez-vous que vous avez impressionné Gilles par votre roman ? Celui-ci est très fier de vous avoir dans sa team d’auteurs. Comment la rencontre s’est-elle faite entre vous et Nombre7 ?

Je ne sais pas vraiment ce que veut dire le mot « impressionné » : il me fait peur. Tant je peux être impressionné par la cruauté de l’Homme ou par certains préjugés plus difficiles à désintégrer que l’atome, au XXIe siècle. Parlez à Owen de « l’Asymétrie du côté gauche », des « talons hauts » ou encore « du maquillage » et vous aurez une petite idée bien concrète sur la question. En revanche, je crois savoir que Gilles était « sous le charme » (ce sont ses termes) de mon roman qu’il qualifie de « puissant et d’intime », et qu’il avait pris « beaucoup de plaisir » à le lire, allant même jusqu’à m’écrire : « j’ai découvert le livre que j’espère lorsqu’on me confie un manuscrit ». Concernant notre rencontre, je vais peut-être vous décevoir et j’en suis contrit par avance. J’ai envoyé mon manuscrit, Gilles l’a lu. Il m’a téléphoné et m’a dit à quel point il avait apprécié mon livre. On ne se connaissant pas, aucun réseau ou connaissance partagés. Notre seul point commun tenait en 6 lettres : « Gilles ».

de votre e-reputation

Vous êtes peu d’auteurs Nombre7 que j’interview à avoir une vie numérique aussi riche. Un site internet pour votre activité professionnelle, une page Facebook particulièrement fournie… Le numérique et les réseaux sociaux sont-ils pour vous une étape incontournable en tant qu’auteur ?

Incontournable, non. Et pour tout vous dire, si je pouvais m’en passer, ce serait avec alacrité.

Je me plais à penser que ces gadgets numériques peuvent être néanmoins utiles dans un premier temps. Voilà pourquoi, porté par une sorte de tyrannie de la communication, je mets de côté mon peu d’appétence pour le monde virtuel qui nous éloigne chaque jour un peu plus les uns des autres, pour « jouer le jeu ». La vie n’est qu’un jeu que l’on perd tous à la fin, mais cela n’empêche pas de jouer quand même.

Les mots d’Owen ont été publiés pour la première fois en 2018 il me semble. Ce roman est-il destiné à n’être qu’une parenthèse dans votre vie ou d’autres projets d’écriture sont-ils en cours ?

Je ne peux même lire le mot parenthèse dans ce contexte, c’est trop violent. Écrire a toujours été ma vie, mon moteur, mon énergie vitale (le 气 en chinois).

J’ai terminé mon deuxième roman – est-ce que je vous donne le titre en avant-première ?
Hmm, on ne se connait pas encore assez, un indice, il s’agit d’un seul mot qui commence par la lettre A et oubliez tout de suite les niaiseries du genre « Amour, Amitié, etc. », je suis viscéralement anti feel-good — prêt à tenter lui aussi sa chance.

Par ailleurs, j’ai bien avancé mon troisième roman, avec un titre en 3 mots dont voici les initiales : TDV. Eh oui, la vie n’est qu’un jeu, à vous d’en fixer les règles. Bonne chance !