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La société du mensonge

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société du mensonge

La vie et le mensonge sont synonymes.
Fiodor Dostoïevski — Bobok

Un constat simple et définitif

Owen a relu ses différents billets, cherchant à trouver éventuellement un dénominateur commun. Une sorte de fil d’Ariane qui permettrait de ne pas se perdre, et de donner une certaine cohérence, quelles que soient les thématiques abordées.

C’est alors que le mot « mensonge » a tambouriné dans sa tête, comme une évidence. Des mensonges à tous les niveaux. Certains mots sont fourbes et peuvent signifier le contraire de ce que l’on veut dit (comme « défendre »).

La police qui est supposée protéger en toutes circonstances les biens et les personnes peut en assassiner certaines.

Les parents, ces êtres d’amour tout dévoués à leur progéniture sont capables d’infanticide d’une barbarie sans nom. La liste est infinie. Pour Owen, le constat est aussi simple que définitif, nous évoluons dans une société du mensonge.

Le prince charmant est une arnaque

On ment aux enfants et aux jeunes, déplore Owen.

« Ah, les enfants c’est sacré ! ». Ben, il faut croire que non. On leur ment depuis tout petit avec des contes de fée et autres histoires stupides qui leur font miroiter monts et merveilles.

La petite fille sera courtisée par un prince charmant, ils se marieront, ils auront beaucoup d’enfants et vivront longtemps et heureux.

arnaque

Comme l’a écrit Owen dans son roman, « Le prince charmant est une arnaque ».

  • La réalité, c’est que l’espérance de vie d’un couple en France est de cinq ans en moyenne. Ça, c’est pour ceux qui passent par la case « couple ».
  • La réalité, c’est aussi que dans l’Île-de-France, un adulte sur deux est célibataire et regrette de n’avoir aucune relation sentimentale.
  • La réalité, c’est que certaines femmes ne peuvent pas avoir d’enfant.
  • La réalité, c’est qu’il y a des hommes violents qui maltraitent leur femme et leurs enfants, allant parfois jusqu’à les tuer.
  • La réalité, c’est qu’avoir un ou deux enfants à élever c’est déjà beaucoup à l’heure actuelle.
  • La réalité, c’est que la France est le premier pays d’Europe en matière de consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs par habitant.
MENSONGE

La réalité, c’est donc que l’on ment sans vergogne aux petites filles.

Sois-fort mon fils !

Parité des sexes oblige, le mensonge réserve également son lot de désillusions aux petits garçons.

On leur apprend à se battre, à être forts, à savoir faire un nœud de cravate, à s’habiller en bleu, à avoir les cheveux courts, et surtout à savoir courtiser celle qui deviendra « la princesse charmante ».

La réalité, c’est qu’à la moindre dispute « entre hommes », il est possible de se retrouver en garde à vue pour des faits de violence.

La réalité c’est qu’être fort n’est pas l’apanage des mâles, mais bel et bien une « qualité » non genrée.

La réalité, c’est qu’à force de vouloir être forts, les grands garçons finissent par accepter des conditions de vie indécentes, au travail ou dans leur environnement familial par exemple.

« Sois fort, mon fils !
Tu es un homme ! ».

La réalité, c’est qu’une tentative de séduction un peu maladroite peut être requalifiée de harcèlement sexuel par un tribunal, à la faveur d’un compliment insistant par exemple. Tout particulièrement aux États-Unis, pays du mensonge par excellence.

La réalité, c’est que la plupart des hommes ne portent pas de cravate et ont horreur de cet accessoire moche et parfaitement inutile.

La réalité, c’est que certains hommes adorent porter une jolie chemise de couleur rose et que d’autres se sentent bien plus épanouis avec des cheveux longs.

La réalité, c’est aussi que les viols commis sur les hommes ne font jamais la Une, et pourtant il y en a des dizaines en France chaque année. « Sois-fort mon fils ! »…

Opportunités à saisir

mensonge

Owen constate que d’une manière plus générale, c’est toute la société qui produit des mensonges que chacun absorbe telle une éponge plongée dans une bassine remplie d’eau.

On fait croire aux jeunes que faire des études est un gage imparable pour trouver un travail intéressant et profiter de la vie. La plupart ont la naïveté de le croire, et Owen y croyait aussi à leur âge.

La réalité, c’est qu’on assiste chaque année à un déversement sur le marché du travail de jeunes surdiplômés. Un doctorat en sociologie ou en histoire médiévale pour être équipier chez McDonald’s avec un CDI ? C’est une opportunité à saisir.

En tout cas, Owen a vu bien pire. Parler trois langues couramment, avoir fait des études supérieures de tourisme et être guichetier au pied de la tour Eiffel ? Encore une opportunité à saisir.

Owen peut en témoigner. Il vous épargne ici le couplet de l’égalité de rémunération homme-femme qui est promise depuis la maternelle : le fameux « à travail égal, salaire égal ». Texte inséré dans le préambule de la Constitution de 1958, repris par l’article 140-2 du code du Travail, c’est donc très crédible, vous en conviendrez.

Ce qui est surprenant avec les mensonges, et Owen l’avait constaté très jeune, dès le lycée, c’est que :

« plus c’est gros et plus ça marche ». CQFD.

En « bonnet de forme »

Au-delà du monde du travail qui est bien connu pour ne pas faire de cadeaux, Owen déplore également les mensonges institutionnalisés par l’école de la république.

Mettre d’excellentes notes en hstoire ou en philosophie à des copies truffées de fautes d’orthographe, au motif que l’élève ne doit pas être sanctionné deux fois (il est supposé l’être déjà en évaluation de français) : est-ce vraiment l’idée du siècle ?

Donner le bac en 2020 à quasiment 100% des candidats pour « pousser les flux », ne pas avoir de jeunes désœuvrés dans la rue, et ne pas avoir de terminales avec un effectif surchargé (les redoublants encombrent) : n’est-ce pas un mensonge ?

Ne plus faire redoubler d’autorité un élève au collège, et lui faire croire dans les faits qu’il a le niveau pour suivre dans la classe supérieure : est-ce toujours honnête ?

Certes, ce sont des mensonges qui réconfortent ceux qui en tirent profit, mais que l’on ne s’étonne pas ensuite du chômage des jeunes diplômés ni de voir des fautes d’orthographe partout. Owen en a vu récemment une très jolie sur une enseigne lumineuse : « Alimentation Général».

Dupont-Moretti

Par ailleurs, la députée Nathalie Porte qui vient de proposer un amendement pour que les textes destinés à saisir le conseil économique soient écrits dans un français correct, a dit : « il devra-t-être (…) ». Le voilà le « t » surnuméraire, qui agrège à lui seul bon nombre de mensonges perpétrés par l’école.

Cela n’a pas échappé à Me Éric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, qui l’a recadrée en bonne et due forme (en « bonnet de forme » comme Owen l’a lu des centaines de fois sur des copies d’étudiants).


confiance

Et vous ? Comment faites-vous pour vivre dans cette société du mensonge ?

Gilles Voirin

Gilles Voirin 

Professeur agrégé & éditorialiste



Auteur du roman Les Mots d’Owen   

Un peu de dérision après le cynisme et la réalité du mensonge décrits par Owen
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Éditeur et Directeur chez Nombre7 Editions, c'est un parcours multiple qui m'amène aujourd'hui à intervenir dans cet environnement littéraire qui m’a accompagné toute ma vie. Je suis à présent acteur de ce secteur avec un projet destiné à faire émerger de nouveaux auteurs et définir une "nouvelle frontière" pour l'édition.