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Rêveries solitaires

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Le jour où l’on comprendra qu’une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les avoir enfermés dans des zoos et de les avoir humiliés par nos rires.
Boris Cyrulnik

Rêveries d’un promeneur solitaire

Comme Rousseau, dans Les Rêveries du promeneur solitaire, Owen se balade aujourd’hui dans sa tête, pour fêter son anniversaire dans la plus stricte intimité. Bien entendu, il n’a pas la prétention d’avoir suffisamment de souffle pour enchaîner neuf promenades, discourir sur la morale ou encore sur les mensonges innocents. Et encore moins d’être publié à titre posthume, comme ce fut le cas pour cet ouvrage. Non, Owen laisse simplement son flux de conscience vagabonder pour imaginer un monde meilleur. En tout cas un monde dans le lequel il se sentirait chez lui, entre humains civilisés ou presque. Owen s’est fait son propre cadeau d’anniversaire, une sorte de I have a dream, en hommage au pasteur Martin Luther King qui revendiquait, le 29 août 1963, les mêmes droits civiques pour tous les Américains, quelle que soit leur couleur de peau.

I have a dream

De la barbarie à la décadence

« Les Américains sont passés directement de la barbarie à la décadence sans passer par la civilisation », aurait écrit Albert Einstein, puisqu’officiellement, il s’agissait d’un message anonyme, publié par le Washington Post le 16 juillet 1932 (Americans are the only race which passed directly from barbarism to decadence without knowing civilization).

Pan, t’es mort

C’est ainsi qu’Owen se plait à imaginer un monde sans les États-Unis d’aujourd’hui.

Rêveries solitaires

Exit Donald, avec son cheveu rare et ses coups de feu pléthoriques. Terminé de jouer à tuer des gens partout, dans son jardin, dans la rue ou dans les collèges (fusillade de Columbine), parce que tout le monde ou presque peut faire joujou avec une arme et décider de se faire justice. À moins que ce ne soit un adolescent attardé qui décide de prolonger son jeu de massacre (jeu vidéo) en arrivant au collège.

30 ans à attendre

Finie la peine de mort, dans un pays qui se dit démocratique et avancé.

En théorie, on devrait être bien loin du fin fond de la Tchétchénie ou de la Corée du Nord. Tous les ans, de nouvelles preuves conduisent les États-Unis à innocenter plusieurs détenus qui croupissaient dans le couloir de la mort. Un parmi tant d’autres, pour les plus sceptiques d’entre-vous : Anthony Ray Hinton, homme innocent, qui a passé 30 ans à redouter chaque jour qu’on vienne lui injecter la dose létale. Bien sûr, Anthony est un Noir et le procureur était un Blanc. Qu’en est-il de ceux qui n’ont pas eu le temps d’attendre ? C’est effroyable, mais personne ne conteste, car personne n’est assez fou pour risquer de se mettre Donald à dos.

Owen n’aime pas les hamburgers

Quant au système de santé américain : il laisse mourir des citoyens aux urgences pour faute de mutuelle et il met une cible dans le dos des médecins des centres d’orthogénie (réservés aux IVG principalement), qui sont harcelés, insultés et parfois même abattus par des groupes de catholiques intégristes.

American dream

S’il y a bien un rêve qu’Owen ne fera jamais, c’est le fameux American dream, il n’aime pas assez les hamburgers bien gras pour cela, et il déteste le ketchup.

Un animal cruel et sans pitié

La danseuse ridicule

Chemin faisant dans sa tête, Owen se dit que dans son monde, l’homme respecterait les animaux, c’est-à-dire ses congénères. L’homme est un animal, un mammifère précisément : on ne le répétera jamais assez pour éclairer les consciences.

Dans une corrida, un mammifère tue cruellement un autre mammifère, non consentant, sans aucune logique de survie ou de chaîne alimentaire par exemple. Amuser les foules avides de sang, c’est vraiment terrifiant, rien qu’à l’idée de se représenter « la danseuse ridicule » (expression employée par Francis Cabrel pour désigner le torero, dans sa chanson : La corrida).

Un animal inférieur

Faire souffrir encore et toujours des animaux, que ce soit dans les abattoirs, pour le gavage d’oies, dans les laboratoires de cosmétique pour faire des tests dermatologiques, ou encore sur des aires d’autoroutes qui accueillent chaque année des chiens attachés au bout d’une laisse. Leur maître n’en voulait plus, trop encombrant pour les vacances.

prédateur
Alors qui est l’animal le plus humain dans tout ça ?

Certainement pas l’homme, qui restera à jamais pour Owen, un animal inférieur à bien d’autres.

Pas des labradors ni des poissons rouges

Rappelons que c’est le seul animal capable d’établir une dictature et de massacrer des dizaines de millions de ses semblables. Le seul aussi à pouvoir traquer une proie pendant des semaines simplement pour la faire souffrir et la tuer, activité favorite des tueurs en série.

Le seul aussi à tuer des milliers de personnes innocentes au nom d’une idéologique fanatique, comme en témoigne le procès des attentats de 2015, qui vient de débuter le 3 septembre dernier[1]. Hitler, Mao, Franco, Mussolini, Ed Kemper[2], Guy Georges[3], Michel Fourniret[4], Mohammed Merah[5], ou encore les frères Kouachi[6] (qui ont abattu de sang-froid le talent et la liberté d’expression, dans l’attentat de Charlie Hebdo le 9 janvier 2015) ne sont pas des labradors ni des poissons rouges, constate amèrement Owen.


Voilà à quoi ça ressemble quand Owen se promène dans sa tête
le jour de son anniversaire.


Et vous ? À quoi pensez-vous dans vos rêveries solitaires ?

Gilles Voirin

Gilles Voirin 

Professeur agrégé & éditorialiste



Auteur du roman Les Mots d’Owen