Home Le Monde selon Owen Tabou

Tabou

4634
2
SHARE

Chaque parole a une conséquence. Chaque silence aussi.
Jean-Paul Sartre

On pourrait croire…

On pourrait croire qu’aujourd’hui, il n’y a plus de sujet tabou. Le sexe dans tous ses états, qui ne sert plus qu’à vendre des déodorants pour jeunes filles en fleur, l’argent sale dont on ressort blanchi après un procès gouverné par « la raison d’État », l’Église et la pédophilie, la Police et ses pratiques, parfois d’une violence inouïe, avec tout récemment le démantèlement de la CSI93, après une quinzaine d’enquêtes préliminaires[1], la crise démocratique avec des maires élus sans aucune légitimité sur fond d’abstention record qui flirte avec les 60 %[2], des personnes complètement déshumanisées dans des EHPAD, des jeunes sacrifiés sur l’autel de Parcoursup[3] : « j’ai 16,50/20 de moyenne et 10 vœux refusés »[4]. Les passe-droits, les magouilles, les injustices, les violences conjugales, les allégations mensongères des ministres. Tout. On peut parler de tout.

Sujet tabou, défense d’entrer

Et pourtant Owen a été sidéré de voir qu’il reste un bastion bien protégé. Une sorte de tabou qui vit avec son temps, celui du numérique, et des manipulations digitales qui rivalisent d’imagination. De quoi s’agit-il concrètement ? Owen vous prévient, ça ne va pas vous plaire, ce qui est d’ailleurs le propre du tabou : ça dérange, ça se tait, ça se calfeutre au maximum. Owen dénonce ici les pseudos avis et autres chroniques littéraires publiés sur Instagram qui sont complètement « bidons ». Eh oui, il s’agit là d’un sujet très sensible, car si un auteur a le malheur d’émettre la moindre velléité de contradiction dans un avis de lecture, il sera immédiatement taxé d’intolérant à la critique. On lui reprochera d’avoir un égo surdimensionné, de penser ne pas être apprécié à sa juste valeur. Inutile de vous faire un dessin, une horde de soldats de la liberté d’expression se dressera comme un seul homme et l’auteur, avec ses mots comme seule arme, sera banni et cloué au pilori. Sujet tabou, défense d’entrer.

Affligeant et ridicule

Et pourtant, Owen dispose d’un monticule de preuves sur la mauvaise foi et la malhonnêteté de certaines personnes qui prétendent tenir un blog littéraire ou simplement présenter des avis de lecture. Il vous passe les tonnes de fautes d’orthographe qui restent une énigme : comment peut-on lire 10 livres par mois et ne pas maitriser la règle de l’accord du participe passé, ou encore ne pas savoir que « lorsque deux verbes se suivent, le deuxième se met à l’infinitif ». S’agissant d’une chroniqueuse, il est possible de lire « je suis passé » ou encore « pour pouvoir réalisé son rêve ». Ces énormités affligeantes couvrent de ridicule celles et ceux qui les commettent, mais bon, ce n’est que de la forme, pas du fond, mais si « la forme, c’est le fond qui remonte à la surface » (Victor Hugo).

Une heure, tout au plus

Passons donc au « fond ». Qu’est-ce qui permet à Owen d’affirmer urbi et orbi que certaines chroniques sont totalement « bidons » (bonnes comme mauvaises). Si Owen avait du temps à perdre il pourrait en faire une thèse, mais, rassurez-vous, déjà que c’est un sujet tabou, alors autant la faire courte.

Avis de complaisance

Par exemple, Owen a pu lire dans plusieurs avis de lecture des citations, supposées extraites du livre envoyé — Les mots d’Owen, sauf que, manque de bol pour leur rédactrice (oui, en l’espèce, il ne s’agissait que de la gent féminine), ces citations ne figuraient absolument pas dans le livre offert. Comment cela est-il possible ? C’est simple, ces pseudos chroniqueuses sont allées glaner sur Babelio ou Amazon des commentaires, et ont pioché des citations. Manque de chance, les citations et avis sont regroupés pour La Pierre et le Bocal (premier livre autoédité, retiré de la vente) et Les mots d’Owen (livre qu’elles ont reçu gracieusement), ce qui explique que certains extraits correspondent uniquement à l’ancienne version autoéditée.

Il n’empêche qu’en théorie, il est impossible de reproduire une citation de La Pierre et le Bocal en lisant Les mots d’Owen. Conclusion, ces personnes qui savent très bien profiter de l’envoi de livres gratuits, ne les lisent pas, et passent tout au plus une heure pour faire un copier-coller des commentaires glanés çà et là (Babelio, #lesmotsdowen, Amazon, www.gilles-voirin.com, etc.), et faire un visuel qui leur servira de faire-valoir.

Il n’y a pas de petits profits

Owen trouve ça minable, mais « c’est monnaie courante », parait-il. En effet, Owen a été moult fois alerté par d’autres chroniqueurs – des vrais – qui avaient l’œil pour ce genre d’usurpateur. On comprend mieux comment certains « chroniqueurs » peuvent lire 20 à 30 livres par mois, tout en exerçant une activité professionnelle et en élevant plusieurs enfants en bas âge. Ils publient un post quasiment tous les jours, pour en faire profiter leurs milliers d’abonnés achetés auprès de revendeurs qu’Owen connait (pour avoir déjà été démarché !), et cela apparemment n’étonne personne !

Bien au contraire, les likes affluent. On comprend aussi pourquoi des livres neufs se retrouvent sur le marché de l’occasion — « état neuf, sous blister » (Amazon). Owen avait déjà entendu la Mère Michèle dire : « il n’y a pas de petits profits ». Il a donc fait ses comptes. Si je me fais livrer 30 livres neufs par des maisons d’édition (avec des partenariats si possible), et que je les revends d’occasion 10 euros (sachant que la plupart valent dans les 20 euros au minimum). Bingo, une jolie prime de 300 euros par mois ! Ce n’est pas négligeable, par les temps qui courent.

Du copier-coller au hors-sujet

Tiens, encore un élément à charge qui pourrait être risible en d’autres circonstances. Il y a les « avis de lecture » qui sont des copier-coller à 100 % d’autres avis de lecture. Parfois, son auteur se fend de ce qu’il croit être un synonyme — « des mots singuliers » deviennent « des mots originaux », ou raccourcit une phrase, histoire de jouer la carte de la discrétion. Owen vous le dit tout de go, pour la discrétion, c’est mort de chez mort.

Enfin, last but not least, il y a les « hors sujet ». Typiquement le cas de quelqu’un qui a ouvert une page au hasard et qui a écrit quelque chose. Par exemple, sur un avis Babelio, on peut lire qu’Owen a beaucoup voyagé dans les pays du Golfe (vous pouvez vérifier !). Euh, comment dire ? On ne doit pas du tout parler du même livre, car Owen parle de Golfe-Juan en précisant bien qu’il s’agit d’une petite ville entre Cannes et Antibes. Alors, à moins d’être inculte au point de ne pas savoir où se trouve Cannes (il ne faut exclure aucune hypothèse), ça pose un sérieux problème de crédibilité pour une « chronique littéraire », vous ne trouvez pas ?

Mille mercis

Heureusement qu’il n’y a pas que des fakes. Il existe à l’extrême opposé d’authentiques chroniqueurs qui prennent le temps de lire avec leurs yeux et avec leur cœur, comme

Et des centaines d’autres à qui Owen adresse mille mercis.

La démocratie numérique

Mais, Owen vous assure que de parler des imposteurs qui polluent Instagram, c’est Tabou, avec un T majuscule, car ces petites gens, mesquines et intéressées, ont le pouvoir de rassembler des meutes pour vous vilipender, pouvant même vous menacer de publier des posts délétères (qui seront bourrés de fautes d’orthographe, cela va de soi), sans jamais avoir lu votre livre. Owen en a fait les frais.

Bienvenue dans la démocratie numérique. Nous vivons une époque formidable, celle du « renard libre dans le poulailler libre » (Jules Guesde).

Et vous ? Avez-vous un sujet tabou ?

Gilles Voirin

Gilles Voirin 

Professeur agrégé & éditorialiste



Auteur du roman Les Mots d’Owen   

Je tenais également à mentionner le nouveau programme Ambassadeur de Nombre7 qui fait écho à ce billet d’humeur.
Gilles Arnoult pour Nombre7


  1. https://france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/seine-saint-denis/police-csi-93-demantelee-apres-quinzaine-enquetes-preliminaires-1848986.html
  2. https://www.rtl.fr/actu/politique/elections-municipales-2020-il-y-a-un-travail-institutionnel-a-faire-pour-polony-7800638462
  3. Parcoursup est la plateforme nationale de préinscription en première année de l’enseignement supérieur en France.
  4. https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/marne/reims/parcoursup-reims-165-moyenne-10-voeux-refuses-lyceenne-s-indigne-cree-emoi-twitter-1832758.html

2 COMMENTS

  1. Pour un de mes ouvrages, j’avais obtenu une très bonne critique d’une de ces chroniqueuses auto-proclamées. J’aurai dû être content, sauf que…ses éloges étaient truffés de fautes d’orthographe et de syntaxe. Difficile de m’en servir pour ma promo ! Mais il y a plus grave sur internet : cette nouvelle mode qui nous vient d’Amérique, fustigeant les romanciers qui osent parler d’un sujet qui n’est pas leur spécialité, d’un milieu qui n’est pas le leur, d’une histoire qu’ils n’ont pas vécu eux-même. Dernière auto-censure en date, celle de cet auteur jeunesse réputé, Thimotée de Fombelle, qui ne sera pas traduit en anglais car il parle de l’esclavage alors que lui-même n’est pas descendant d’esclaves et que l’éditeur, frileux, craint les réactions des politiquement corrects anglo-saxons. On en vient à une auto-censure totalement excessive : Chez nous à la Réunion, s’il fallait faire un autodafé de tous les livres sur l’esclavage écrits par des blancs, il n’en resterait pas beaucoup ! Dans le même ordre d’idées, je suis pour le déboulonnage de certaines statues, -car imaginerait-on un buste d’Hitler devant une synagogue ?- mais en aucun cas pour leur destruction. Les influenceuses illettrées desservent autant la littérature que les intégristes identitaires et les hypocrites du politiquement correct.

  2. Merci infiniment Alain pour votre témoignage qui enrichit considérablement mon édito avec une dimension effectivement inquiétante, pour ne pas dire révoltante. Certains chroniqueurs sont également frustrés de lire autant de belles choses et d’être incapable d’écrire la moindre phrase. Et puis il y a ceux aussi qui reçoivent votre livre, vous font attendre un mois ou deux, puis vous disent en message privé « je n’ai pas accroché, aussi pour ne pas vous porter préjudice, je préfère ne pas faire de post ». Là, le bénéfice est total, ils n’ont même pas à consacrer 10 minutes pour faire un copier-coller. Des livres gratuits (des nouveautés de surcroit) comme s’il en pleuvait, sans aucune contrepartie… Même si je veux garder mes illusions et penser qu’ils restent minoritaires, il n’empêche que ces chroniqueurs représentent une « mafia » dans leur domaine. Et si l’on ose les critiquer, alors c’est la fin du monde, car ils sont très solidaires entre eux…

Comments are closed.