Home Le Monde selon Owen Tentative

Tentative

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Chaque cerveau est comme un cirque où tourne éternellement un pauvre cheval enfermé.
Guy de Maupassant

La vie ne suffit pas

Une pause s’impose

Grâce à Owen, depuis deux mois et demi, nous avons compris que la vie ne suffit pas[1] et que le temps est une arnaque[2].

Les écrits de Saint-Matthieu[3] nous ont enseigné, exemples à l’appui, qu’à ceux qui ont tout, il sera tout donné, et qu’à ceux qu’ils n’ont rien, il sera tout repris.

Owen nous a également montré qu’il y avait mille et une raisons d’avoir le seum, pour ne pas dire la N, car les occasions d’être oklm sont de plus en plus rares.

Bien sûr que ce monde n’est pas sérieux, quand on demande à des gamins de prendre leur bloc mucilagineux à effet soustractif et que dans le même temps, le monde fini n’a plus rien à offrir, à part des pâquerettes érigées en révolution verte.

Le travail continue inlassablement à broyer les hommes, puisque c’est sa fonction, comme l’eau érode la roche, et le karōshi s’internationalise, lentement mais sûrement. Owen nous a également éclairés sur le fait que le pouvoir de tuer a changé tragiquement de camp et qu’en frottant la lampe d’Aladin, il serait grand temps de faire un vœu : « Faites des mères ! ».
C’est important de garder des espoirs, c’est d’ailleurs ce qui caractérise parfois la jeunesse, celle-là même qui se dissout dans les réseaux sociaux, absorbée par un besoin devenu vital : celui d’être liké pour être validé.

C’est ça, le monde que l’on va laisser aux enfants que l’on n’aura pas ?

Stop ! Une pause s’impose.

Transporter l’esprit et les sens

Oui, mais voilà, Owen s’interroge.
Quoi raconter de beau pour vous offrir une parenthèse de temps immobile ?
Comment vous accompagner dans une promenade bucolique à dos de licorne, avec un arc-en-ciel figé qui damerait le pion à de vertes prairies bordant une eau cristalline dans laquelle le soleil se rafraîchirait timidement ?

Comment vous faire rêver, danser et pourquoi ne pas vous enivrer d’un bonheur aussi immédiat qu’instinctif, comme un dialogue secret qui se crée à l’intérieur ?

Bien entendu, il y a une option qui a fait ses preuves et qu’Owen vous invite à parcourir inlassablement : de Poésie enivrez-vous. Découvrez avec gourmandise le magnifique recueil de poèmes de FM. Martinet, Les Rêves Éclos et laissez vous surprendre par une question qui pourrait bien être salvatrice

tentative poétique

« Ô rêves, où va-t-on ?
Aurai-je aimé à tort ? »
,
ou vous laisser bercer par la tendresse infinie d’un autre monde :
« Mon sourire est ton bonheur.
Je viens de ton cœur ».

Aller au-delà des mots, pour en extraire l’essence par-delà les apparences. Laisser les infuser en vous, pour qu’ils vous régénèrent de l’intérieur, et si cela n’est pas suffisant, faîtes-en une décoction qui vous conduira tout droit aux Correspondances de Baudelaire, car les mots sont parfois comme certaines odeurs agréables :

« Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies
[…]
Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens
 ».

Un dialogue entre l’homme et la nature, un dialogue entre l’homme et les mots : même entreprise, celle de transporter l’esprit et les sens de l’homme.

Bah, il fallait le croire !

Le petit doigt d’Owen lui dit que vous n’allez pas, hélas, vous contenter de plaisirs sémantiques et poétiques. Il vous faut du concret, du palpable, de l’immédiat. Alors, en fouillant dans son panier, Owen a trouvé de bonnes nouvelles, quelques friandises à vous mettre sous la dent comme ultime tentative.

Tout d’abord, la population des loups gris en France repart à la hausse, on approche les 600 individus[1] et bien sûr que c’est une bonne nouvelle, puisque l’homme est un animal comme les autres (enfin, plutôt inférieur).

Owen se doute bien que cela ne vous suffira pas.

Voilà pourquoi il a également le plaisir de vous annoncer la réouverture des cinémas depuis deux jours (le 22 juin 2020) : des films, des émotions avec « des baisers de cinéma », des popcorns bien gras, des tentatives plus ou moins réussies pour « pécho » la meuf d’à côté, des salles climatisées dans lesquelles on se les gèle, la nana de devant qui te nique l’écran avec son chignon en mode étudiante d’archi avec deux pinceaux croisés, 10 euros dépensés en moins de deux heures… Elle n’est pas belle la vie ?

Vous en demandez encore ?

Ça va qu’Owen est de « bonne composition », selon la Mère Michèle[2]. Il ne va pas vous parler de la fête des Pères « inconnus », car non seulement ça plomberait l’ambiance, mais de surcroît, c’est passé depuis plusieurs jours. Bon débarras, on est tranquille pendant un an. Gardez votre remise de 25 % chez Marionnaud : avec un peu de chance, elle est encore valable.
La Fête de la Musique, idem, c’est passé. les Mozart en herbe ont fait suer tous les riverains dans une cacophonie sans nom, les empêchant de dormir, tout ça pour fêter une « musique » qui n’était que du bruit.

Des salles vides

Étrange civilisation dans laquelle on célèbre le bruit de la rue, alors que les Opéras sont vides.

Quand Owen vous disait que notre civilisation n’avait plus grand-chose à offrir, bah, il fallait le croire ! Désolé, le puits des bonnes nouvelles est à sec, en même temps, c’est l’été. Il y a, comme qui dirait, une sorte de logique climatique.

Dernière tentative

L’été, dernière occasion de se refaire, comme l’on dit autour d’une table de blackjack à Las Vegas. L’été, c’est l’éternel cliché avec son triptyque affolant : le ciel, le soleil et la mer. Des muscles luisant au soleil et des strings qui menacent de se défaire au moindre mouvement. Enfin, ça, c’est lorsque l’on peut voyager librement et faire l’étoile de mer, les doigts de pied en éventail, sur une île paradisiaque.

Dernière tentative

Au minimum, il faut donc le budget qui va avec, des avions qui volent sans restriction, des visas délivrés normalement, pas de quarantaine à l’arrivée… Bref, même l’été est anxiogène.

Owen est désolé, il pensait bien faire. C’est sa dernière tentative. Promis.

Et vous ? Quelle est votre dernière tentative ?

Gilles Voirin

Gilles Voirin 

Professeur agrégé & éditorialiste



Auteur du roman Les Mots d’Owen   

  1. https://www.novethic.fr/actualite/environnement/biodiversite/isr-rse/bonne-nouvelle-la-population-de-loups-continue-a-progresser-en-france-148682.html
  2. https://librairie.nombre7.fr/roman/1275-les-mots-dowen-9782368328934.html