Le livre est un produit. Il est même devenu un « produit de première nécessité » selon la FILL (Fédération internationale du livre et de la lecture) en ces temps de confinements. Pourtant, il est encore difficile d’associer nos vulgaires produits ménagers du rayon « Entretien » de Super U, à notre livre préféré. La comparaison n’est définitivement pas évidente. Alors comment s’y prendre ?

Acheter son livre au supermarché

Considérer le livre comme un produit, c’est le considérer nécessaire.

Les confinements ont le débat sur la nécessité du livre a repris le devant de la scène (au moins quelque chose de positif ressort de cette année difficile !). Si il y a un an, il n’était pas question d’ouvrir les lieux de vente de livres, aujourd’hui bibliothèques, librairies, médiathèques… sont ouvertes au public !

Rappelons d’ailleurs que la littérature est une des seules branches artistiques à bénéficier de ce privilège. Nos salles de cinéma, de concert, de danse, de théâtre et musées n’ont toujours pas ouvert leurs portes…

En un an, le livre est entré dans la liste des produits nécessaires et nos librairies parmi celle des commerces essentiels. Cette grande avancée, s’accompagne d’innombrables questions sur le système de commercialisation et de vente de la littérature, comparé au reste de la culture.

Louis Vuitton

Une récente actualité a d’ailleurs choqué et fasciné le monde du livre concernant Louis Vuitton. Au premier coup d’œil, aucun Proust ou Modiano ne se cachent derrière les sacs de cette marque de luxe. Et pourtant, le Louis Vuitton de Saint-Germain-des-Prés à Paris, a ouvert ses portes le 2 avril 2021, en se transformant en librairie éphémère !

À défaut de pouvoir vendre ses vêtements, Louis Vuitton se sert de la littérature pour s’approprier l’étiquette de commerce essentiel. Sur les mêmes étagères où étaient exposés sacs, chaussures ou vêtements de luxes, se trouvent désormais des livres. Et ça fonctionne ! Cette réappropriation de l’espace de vente en une librairie, permet de rapidement faire le lien entre la commercialisation d’un produit de consommation, et celle d’un livre. Le livre est rangé au même rayon qu’un pantalon ou une paire de talons.

Quelle vitrine pour la littérature ?

Avant que nos livres soient exposés derrière des vitrines, le chemin est long. Ainsi, dès sa conception, les enjeux débutent et certains éléments promotionnels doivent se conjuguer avec le travail éditorial. La promotion ne débute pas qu’une fois le livre édité, elle commence en amont afin qu’une fois lâché dans la nature, le livre puisse se débrouiller (presque) tout seul. Ensuite, c’est entre les mains des acheteurs et des lecteurs. Et c’est pour cela que qu’il est intéressant de l’anticiper.

Bibliothèque colorée
Bibliothèque blanche
Bibliothèque livres cuisine

De la mise en rayon, à l’esthétique de l’objet en passant par la conception matérielle, tout est important. Le choix du nombre de pages, du format, de la couverture, du titre, de la typographie, de la mise en page… chaque élément compte et doit être minutieusement pensé. Qu’est-ce qui plaît ? Qu’est-ce qui vous plaît ? Qui accroche votre regard lorsque vous balayez les rayons de votre librairie préférée ? Qu’est-ce qui vous pousse à acheter ce livre plutôt qu’un autre ? Analysons quelques enquêtes.

Il y a quelques jours, j’ai effectué un sondage sur l’Instagram de Nombre7 au sujet de vos pratiques littéraires. Vous avez été plus d’une trentaine à y répondre ! La première question était :

« Quel est votre premier critère d’achat pour un livre ? »

Vous avez répondu à 75 % « le sujet / l’histoire », puis à 18 % « sa couverture ». Ce sont donc deux angles qui paraissent intéressants à travailler. Le premier mène à questionner les thèmes et intrigues qui se hissent en haut des tops de ventes littéraires actuelles. On y retrouve les genres du polar, de la romance ou encore des récits inspirés par l’actualité et des sujets de société.

Livres Hebdo

Par exemple, en mars 2021, Livres Hebdo annonce la couleur sans ménagement et titre son numéro par « Féminisme, le boom éditorial ». Le magazine propose ensuite d’étudier l’impact du mouvement #metoo dans l’édition, la production et la création littéraire. Bien évidemment, l’originalité, la nouveauté et la singularité de l’œuvre sont également les moteurs d’un récit attirant et intéressant. Il s’agit de trouver un équilibre entre l’attente et le personnel.

Parlons de couverture, où l’affaire est encore plus rodée ! Une étude menée par Publiersonlivre sur 2000 couvertures du top des 100 meilleurs ventes en France sur Amazon en janvier 2020 a permis d’établir des critères définissant celles qui se vendent le mieux. Ainsi, les points les plus importants se délicnent d’abord par :

  • Le respect des codes graphiques du genre littéraire avec, par exemple, des couleurs sombres pour la littérature de l’imaginaire : science-fiction, fantastique ou pour le polar, du pastel pour le genre du bien-être/développement personnel…
  • On recherche aussi de la lisibilité et de la clarté afin de transmettre le message le plus rapidement possible tout en gardant une certaine subtilité.
  • L’image, reste un élément crucial, qui pour 51% d’entre vous (sondage Instagram) est celui qui vous attire le plus dans une couverture. Elle doit être harmonieuse, percutante afin de saisir le regard. Le tout reflète alors de la sobriété, de l’astuce et de la sensibilité. Un réel travail de recherches, de réflexions, de peaufinage et d’essayages est essentiel !

Rappelons d’ailleurs que selon La Tribune, pour 50 % des Français, la couverture est un critère d’achat. Ce nombre monte jusqu’à 72 % pour les 15-24 ans. Son influence considérable est donc bien évidemment à prendre en compte !

Vers une littérature plus libre ?

Toutes ces données semblent enfermer la littérature. Où est la liberté lorsqu’il faut respecter un schéma graphique sévère, une chartre prédéfinie ? Oui, considérer le livre comme un produit c’est le réduire à son aspect uniquement matériel. Cependant, cette prolifération de ventes et de partages du livre participent à la démocratisation, la popularisation et à l’accessibilité de la littérature. Accepter ce système plus commercial et marketing avance le débat et le porte plus loin.

Pourquoi chaque année la mort de la littérature est remise sur le tapis ? Pourquoi avons-nous peur de la voir disparaître, d’oublier son format papier ou de fermer les librairies ? Parce que le changement est effrayant et propose de nouvelles perspectives encore jamais tentées. En considérant le livre comme un produit, il est revalorisé et repensé comme un achat vital, nécessaire. Il s’achète aussi facilement que sa baguette du dimanche matin.

Si l’auteur est une marque, le livre est son produit. Il le vend aux côtés de producteurs locaux, du poissonnier du coin, au milieu des marchés, face aux vendeurs de muguets… Il investit tous les espaces de vente !

Alors, auteurs, lecteurs, éditeurs, où allons-nous vous retrouver ?