Carine Hernandez, psychologue clinicienne depuis plus de 17 ans, publie en juillet 2021 chez Nombre7, son autobiographie. À travers son récit, elle partage son approche sur les négligences infantiles et les abus narcissiques. Son regard nous éclaire tant sur la souffrance des enfants victimes de carences affectives que sur ce qui mène un adulte à sombrer dans la pathologie narcissique. Un ouvrage pertinent et marquant !

Carine Hernandez

Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?

Le jour où j’ai appris à vivre de Laurent Gounelle. Et je suis en train de relire Kilomètre zéro de Maud Ankaoua qui m’avait passionné. 

Quelles sont vos influences littéraires pour cette autobiographie ?  

Je dirais que je l’ai écrit avec l’écriture du cœur, durant  l’écriture, j’ai justement évité toutes influences afin de ne pas imiter un autre auteur. Je la souhaitais personnelle. Mais comme tout auteur, j’ai des écrivains qui m’inspirent comme Sartre, Camus.

Mes références restent dans le domaine humaniste, ce que j’apprécie dans le courant existentialiste de Sartre est sa façon de démontrer comment l’homme ne cesse de se dépasser lui-même, au final cela rejoint les fondements de la méditation de pleine conscience que j’affectionne  tant. Sartre considère que l’homme n’est pas déterminé. C’est justement le propos de mon livre. Rien ne nous détermine, nous ne sommes ni nos pensées, ni nos émotions ni nos sensations. Pas plus que nous ne sommes notre passé, nous sommes des êtres en évolution. Nous restons libres de modifier nos croyances, notre chemin de vie. C’est un mouvement qui nous invite à rester libre et apporte espérance dont nous avons tant besoin.

Piochez-vous parmi des éléments biographiques lorsque vous écrivez ?

Mon écriture est le reflet de mon intériorité, ce livre, c’est moi dans  mon essence  profonde sans aucuns masques. Une autobiographie, c’est une véritable mise à nue, un témoignage de pans d’histoires, de résonances, de retentissements.  C’est un exercice d’écriture entre soi et soi et avec soi-même, même si j’ai fait le choix de m’adresser au lecteur, une façon de rester en interaction avec lui et de l’amener à s’interroger,  se questionner. 

Quel personnage vous inspire le plus ? Et oriente-t-il votre écriture ?

Un être qui m’inspire profondément est Boris Cyrulnik de part ses qualités humanistes et son travail sur les attachements ainsi que sujet de la résilience qui est un thème fondamental de mon livre où j’aborde les ressources de résilience qui m’ont aidé et accompagné. Je ne peux  pas dire qu’il oriente mes écrits mais c’est un homme inspirant c’est certain. Je suis empreinte  de sa simplicité. Il possède cette aisance de parler de sujets scientifiques en restant abordable et c’est un de mes leitmotiv. Je suis très pratico pratique.

Concernant un personnage de livre, je citerai sans la moindre hésitation Folcoche dans Vipère  au poing, elle se rapproche le plus de mon personnage principal.

Le portrait que je dépeins de P est l’exacte description de la femme qu’elle a été. Je n’ai absolument rien romancé ou aménagé.  J’ai tenté de rester la plus objective possible en la décrivant sous divers angles : la mère froide, dénuée d’empathie et la femme violentée qui pour survivre et faire face aux violences a mis en place un système de survie : s’anesthésier, ne plus ressentir ne plus éprouver, délaisser, renoncer et mettre en place des mécanismes de projections agressives que constituent la culpabilisation, les dévalorisations permanentes….

Votre citation favorite ?

« Nos expériences de vie aussi douloureuses soient elles ne sont pas notre destinée, mais des expériences de vie à métamorphoser. » de Boris Cyrulnik. 

Comment vous est venue l’idée pour écrire votre autobiographie ?

Initialement le livre était un journal de bord pour extérioriser mes ressentis face à un choc  traumatique.  L’écriture s’est révélée cathartique me permettant d’accoucher de mes émotions  les plus douloureuses, de faire des liens, de donner du sens à l’histoire chaotique que j’avais vécu, tout cela parallèlement à tout un cheminement de développement personnel.

Mais en moi sommeillait une part créative, bavarde qui ne demandait qu’à se dire, nommer l’indicible, l’innommable, l’intolérable pour éveiller les consciences, donner espoir, transmettre des clés, des ressources assertives. Écrire, sortir du silence est une façon de montrer à tous ceux qui vivent des emprises, violences qu’ils ne sont pas seuls à traverser cette affliction et que tout un chacun peut être  touché par ce type de violences. Mais surtout que l’on peut être aidé, soutenu pour démêler les nœuds que représentent les relations toxiques.

Progressivement l’écriture réanimait à chaque mot l’élan de mon cœur. Cette partie de soi qui ne se voile pas la face, qui accueille, accepte. Je retrouvais cette libération que me procurait l’écriture quand j’étais adolescente pour exorciser mes douleurs. À l’époque je n’avais pas conscience qu’ainsi j’accordais un espace à mes blessures et que je permettais à mon enfant intérieur de se dire au travers de l’écriture vu que je ne bénéficiais pas de cette contenance à la maison. 

Et si vous deviez décrire votre livre en une phrase ?

Accepte-toi telle que tu es, imparfaite !