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La vie ne suffit pas

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Un, deux, trois, je suis à l’étroit ;
Quatre, cinq, six, j’fais des sacrifices ;
Sept, huit, neuf, adieu la teuf.

« Mourir dans la vie qui continue »

Dans le Monde selon Owen, rien n’est figé. Tout ce qui vit est en mouvement. Les comptines déchantent même si les rimes font de la résistance. Une sorte de continuité dans le changement. Et pourtant la vie, même à l’étroit, même masquée, confinée, hydro-alcoolisée et régulée par des QR codes, reste bien présente. La vie aurait-elle mis à mort la mort elle-même ?

Le Monde selon Owen Nombre7 édition

Pour Owen, la réponse ne va pas de soi, car on peut mourir un peu tous les jours, de tout et de n’importe quoi. Mourir d’ennui, de solitude, de chagrin, d’angoisse, de peur, de différence ou d’indifférence. Mais mourir dans la vie qui continue malgré tout, et qui s’accroche comme une moule à son rocher.

Vaille que vaille, naviguant dans sa barque existentielle, sans horizon en perspective, Owen sait très bien que la vie ne suffit pas.

« Bah, c’est l’intention qui compte ! »

Vous savez, c’est un peu comme ces cadeaux tout pourris qu’on a tous reçus un jour dans sa vie. « Bah, c’est l’intention qui compte ! », voilà ce que l’on se murmure comme pour faire semblant d’être content. Alors que la vérité c’est que l’on recherche désespérément le mot de passe qu’on a perdu pour se connecter à notre site de vente en ligne d’objets d’occasion, dans l’espoir d’en tirer quelques deniers. C’est à croire que l’intention ne suffit pas non plus, tout comme la vie, et les cadeaux qu’elle charrie avec elle.

Owen en fait tous les jours l’expérience : on meurt dans la vie, tout comme « Joie d’offrir, plaisir de recevoir » se dissout dans l’acide des cadeaux à vomir.

« Refaire le monde à défaut de pouvoir le contempler »

Alors quand la vie ne suffit pas pour tenir toutes ses promesses, il faut aller chercher ce qui manque ailleurs. On peut regarder des séries Netflix à s’en décaver les yeux, d’autant que certaines sont excellentes. Ce n’est pas Tokyo, Lisbonne ou Le Professeur* qui diront le contraire. On peut tourner en rond ou en carré, ou même se transformer en lotus immobile chez soi, optimisant chaque mètre carré, comme un précieux sanctuaire de libération physique. On peut passer sa journée aux fourneaux, et faire des cupcakes ou des quatre-quarts pour les moins ambitieux. On peut discuter et refaire le monde à défaut de pouvoir le contempler. On peut faire des tas d’autres choses qui ne s’écrivent pas, même si « les draps s’en souviennent » pour rendre hommage au groupe « Il était une fois ».

« Laisser votre petit cœur confiné s’emballer »

Tiens, certains livres commencent par « il était une fois ». Des livres dans lesquels vous allez pouvoir rire, pleurer, être émerveillé, vous laisser surprendre au moment où tout semblait pourtant prévisible. Des livres avec lesquels vous allez voyager, partir loin et en charmante compagnie. Des livres qui seront parfois comme des miroirs, vous permettant de prendre du recul pour mieux vous observer vous-même, tel l’homme de la plaine qui gravit la montagne… pour mieux voir la plaine.

Une romance qui permettra de laisser votre petit cœur confiné s’emballer, un polar qui vous placera au centre d’une enquête, faisant de vous le meilleur détective du moment, un livre de science-fiction qui vous fera découvrir des univers que vous n’auriez jamais imaginés.

Dans le Monde selon Owen, les livres sont définitivement la preuve que la vie ne suffit pas.

Et vous ? Comment allez-vous combler ce qui vous manque en ces temps de réclusion non criminelle à durée indéterminée ?

Gilles Voirin

Gilles Voirin 

Professeur agrégé & éditorialiste



Auteur du roman Les Mots d’Owen   

* Personnages de la série Casa de Papel, numéro 1 mondial sur Netflix, dont la 4e partie vient de sortir en mars 2020

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